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165 Deux éléments 35 x 35
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170 Porte et espace grains 66 x 56 |
Bernard Teulon Nouailles Quand l'invisible se fait concret On imagine pas la peinture sans la nécessité de composer, d'élaborer, d'échafauder, de construire. Cette vérité fondamentale Aline Jansen en fait la métaphore de sa production picturale. Déjà dans ses anciennes toiles des lignes figurant allusivement une architecture dépouillée servaient de cadre géométrique à des couleurs libérées. Il y a toujours, eu dans les peintures néo-abstraites d'Aline Jansen, le souci foncier d'équilibrer les masses colorées. La recherche de l'unité est forte : elle cimente les oppositions apparentes de forme, de matière, d'expression colorée.. Le ciment, matériau nouvellement introduit dans l’œuvre, assure d'autant mieux l'osmose entre les composantes antinomiques de chaque peinture, en particulier celle de l'homme à son environnement. Car des figures émergent, silhouettes à peine esquissées et qui se fondent en une profonde unité avec les références urbaines qui hantent à présent les tableaux. C'est assez dire si, pour Aline Jansen, la nature humaine ne peut plus se concevoir, à l'aube du XX ème siècle, sans la Ville en laquelle l'homme baigne comme des particules dans une solution aqueuse. C'est en la Ville qu'on vit, qu'on travaille, qu'on oeuvre, qu'on s'expose et qu'on crée - du concret. Nulle expérience artistique n'est concevable sans l'assentiment de la Ville et de ses avatars - car l'influence de la Ville se fait sentir jusqu'au plus profond du dernier des villages. En pleine nature tout aussi bien.Si l'on pousse un peu plus loin on se rendra compte que c'est la Nature entière qui ne peut se concevoir sans référence à la Ville, symbole de la civilisation. Et les scientifiques... le savent bien, qui ne plongent au cœur des profonds mystères de la matière qu'à partir d'une infrastructure urbaine, hégémonique et altière. La science a besoin de murs comme tout créateur a besoin de repère s'il ne veut pas sombrer dans les abysses de la folie. |
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Il
y a un peu de cet air de défi dans les concrétions urbaines que bâtit
Aline Jansen et qui semblent narguer le spectateur qui s'approcherait de
trop près, d'autant qu'elles sont à base de carton ou de matériaux
pauvres. Mais c'est un défi
vivant, en mouvement car sous la façade du moindre immeuble se cachent
de multiples activités que le regard ne saurait déceler, à moins d'un
instrument d'optique puissant. Faire vivre l'invisible : telle a
toujours été la finalité de cette oeuvre marquée par l'exploration
contemporaine des deux infinis : le grand et, par dessus tout, le petit.
Et si la peinture, le tableau, s'avérait justement cet
instrument d'optique qui donne vie à ce qui par définition semble
inerte ou lettre morte ? Tout Créateur ne rêve-t-il pas d'insuffler de
la vie ? Exaltant la profonde unité, devenue indispensable, de la nature et de la ville - d'où les quatre éléments, omniprésents, qui chapeautent cette union, l'artiste avait besoin d'un trait d'union : l'homme tout aussi fluctuant, charnel, bouillant, ardent. D'où ces silhouettes, affleurant ça et là. La mise en relief des lignes urbaines par le biais des matériaux permet à l'artiste d'aller plus loin que les architectures naguère internes à sa peinture. C'est comme si ses tableaux visaient à rejoindre l'environnement architectural, partant urbain, qui les accueille et les habite. Ou comme si la nature, graduellement conquise - et la maîtrise des couleurs est l'expression de cette conquête - visait à retrouver sa fille maudite, la ville et tout ce qu'elle incarne. L'entreprise d'Aline Jansen vise ainsi à ré-unir deux entités que l'on s'imagine à to antagonistes et qui ne demandent qu'à se voir conciliées. Le tableau figure cette nécessaire recherche d'équilibre entre deux parentes ennemies mais ne pouvant se passer l'une de l'autre. |
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Car la Nature n'existe qu'à partir de la Ville qui la pense et lui prête vie, la ville de son côté n'est qu'une, triomphante, des multiples virtualités qu'a su faire exister, voire fructifier la Nature. Le tableau est l'espace de cette conciliation, une utopie par excellence. Par quoi il est ce qui n'est pas, qui n'a pas lieu d'être mais sans lequel il ne saurait être question d’œuvrer, d'échafauder, de construire ou de composer. Enfin,
cette recherche d'unité se fait au niveau des matériaux que leur
diversité rend également organiques, vivants, même si ce qui se trame
en dessous nous demeure invisible.
Car c'est tout l'art du Créateur, alchimiste, que de ne point dévoiler
tous ses secrets. Et des secrets il s'en dissimule en tout ce qui se crée. Bernard Teulon Nouailles, 2000 |
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