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  Les nouvelles frontières

 

Texte pour ARTéNIM, 2007

de Christian SKIMAO

Les nouvelles frontières

 Les peintures d’Aline Jansen inscrivent les formes géométriques de la terre mais aussi du cosmos dans une réflexion globale sur les notions d’espaces courbes et d’espaces droits. En effet, à l’heure actuelle quel regard porter sur la Terre, vue du ciel, lorsque cette dernière se trouve scannée et numérisée par des logiciels comme Google Earth ?

 

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Changement de point de vue qui annonce une révolution perceptive semblable à celle de l’utilisation de la perspective en son temps. Vision lointaine et vision rapprochée à la demande. Et comment introduire cette notion de « village planétaire» dans une réflexion picturale ? Reproduction globalisante contre unicité de l’acte créatif ou plutôt tentative de se servir d’un phénomène technique pour continuer sa propre recherche. C’est dans cet écart possible que se situent les nouvelles œuvres de l’artiste.

 

 

  On a déjà évoqué à son sujet la notion de cartographie puisque ses peintures travaillent à la fois l’espace en deux dimensions tout en lorgnant vers la notion de volume. Il y a ainsi la constitution d’un paysage abstrait, se référant non point directement à la nature mais optant pour un phénomène de réinterprétation. Les techniques utilisées comme les colles et les ciments joints aux pigments et à des éléments plus triviaux encore comme les cartons ou les tissus servent de vocabulaire constitutif à ses sédimentations colorées. Ainsi couche après couche se construit la perception d’un monde nouveau, dans le cadre d’une élaboration à la fois lente et rapide.

Wallons vallées, cratères, dépressions, collines, montagnes, etc. prennent place dans un lexique permettant de définir la topologie d’un paysage.

 
 

Mousses

Il ne reste donc au spectateur qu’à voyager au travers de ces miroitements sériels, à se positionner dans l’attente d’un nouveau point de vue ou à continuer sa route via des plages colorées. Tremblements de terre, chevauchements de plaques telluriques, glissements de terrain, etc. apportent une autre terminologie des mouvements du globe, permettant à nouveau une équivalence avec les constructions plastiques des œuvres. Les masses picturales se heurtent, se chevauchent, s’épousent en des mouvements parfois gracieux, parfois violents mais toujours portés par la vive composition des plans.

 
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L’introduction d’éléments aqueux, stabilisés, semblables à des étendues figées, contribue encore davantage à suivre cette mise en abyme des champs lexicaux de la planète.

Pour Aline Jansen il s’agit de composer des paysages mentaux en accord avec les réalités tangibles de la terre. Ces espaces se trouvent définis matériellement par la grâce des éléments constitutifs. De la mise en relation entre les matériaux du « faire » pictural et la projection possible de chaque regard naît un potentiel paysage, presque mouvant et basé sur l’incertitude.

 

Dans ses peintures, des débris de matériau se marient avec des impressions fugaces pour composer des formes nouvelles et toujours renouvelables. Une page d’écriture où les formes de base se complexifient jusqu’à aboutir à des structures aléatoires qui rappellent justement des paysages. Travail de mémoire, travail d’invention, structuré par des possibilités de reconstruction des toiles entre elles. Comme pour un dispositif évolutif laissant la place à l’imaginaire du regardeur. Chez Aline Jansen les courbes et les droites s’harmonisent pour enfin aboutir à ce que l’on nommerait alors la « courbure droite ».