jp Gavard-Perret

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LETTRE   du 19 février 2008

de monsieur                                               Jean-Paul Gavard-Perret                   (Poète, Critique, Essayiste...)

 

..., Docteur en littérature ,maître de conférences en communication je poursuis une recherche et une réflexion littéraires ponctuées d'une vingtaine de livres, de textes brefs les derniers en date :

«Trois faces du nom » - L'harmattan, Paris,

« Chants de déclin et de l'Abandon » - Pierron, 2003,

« A l'Épreuve du temps» - Dumerchez 2003,

«Donner ainsi l'espace» - La Sétérée 2005,

 "Porc Épique" - Le Petit Véhicule, 2006,

"Gisante: Eden et après", Chloé des Lys, et

"les impudiques", Ed. du Cygne

ou d'essais dont :

«Samuel Beckett, l'imaginaire paradoxal et la création absolue » ­Minard, Paris et

"L'Image est une chienne" L'Ane qui butine, 2007.

Je travaille aussi sur les taches d'encre publiées entre autres dans diverses revues ».  

 

 

 

J-P Gavard-Perret

 "ALICE EST ENCORE ICI"

Où sommes-nous?

Où sommes-nous alors?

Il Y a ce qui échappe,

Il y a cet handicap que propose soudain l'image qui échappe à l'image,

La tête peut-elle en recoller les morceaux?

 

Trajet, contre trajet,

Telle est soudain l'histoire de la peinture

De sa conduite forcée.

Cela fluctue un temps puis s'ouvre.

Ainsi là où Pollock était allé au bout de la fermeture,

Aline Jansen tire d'autres conséquences.

 

L'artiste n'ouvre pas de fenêtres :

Elle les lâche dans le vide afin de voir ce qui arrive en ce plissement aérien

Quand l'œil devient l'abîme de la conscience

Celle-ci n'y comprend plus rien tant elle a horreur du vide.

 

Le spectacle du monde va reprendre :

Mais pour un temps il est suspendu,

Il est contrecarré.

 

Mais il n'empêche:

Le mal est fait.

Tel est pris qui croyait prendre

Mais l'essentiel est là : quelque chose avance.

 

Surfaces sur surfaces

Peaux oubliés sur la peau du secret arraché au silence,

Réapprendre le sens par les "baisers" de l'artiste

Aux lépreux que nous sommes.

                                                                        JPGP

 

                       

J-P Gavard-Perret

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ALINE JANSEN ABSTRACTRICE DE QUINTESSENCE :

 L'ÉPARS ET LE JOINT

En ce sens et dans notre monde moderne adepte de l'idéologie molle - à laquelle renvoie ironiquement toute une esthétique du temps qui ne fait qu'agiter des marionnettes et ne produit que des chimères, l'artiste débloque l'espace dans le "cadre" même du tableau.

 

Offrant ses abrégés du devenir elle montre combien le jeu de l'unité d'appât fait celui de la dispersion et comment une dispersion apparente fait celui d'une unité plus profonde. Sortant l'art du simple registre de l'exquis, de la subtilité empreinte plus d'afféterie que de pertinence, elle nous ramène vers quelque chose de plus essentiel puisqu'il ne s'agit plus de "planter un décor" ou de faire de la surface un écran. Il ne s'agit pas non plus de recouvrir, de faire écorce mais d'ouvrir le champ afin que face aux images standardisées s'opposent d'autres images plus essentielles, sourdes, naïves à travers diverses matières, diverses propositions.

 

Il existe peu de pratiques comparables dans l'art actuel. Aline Jansen écarte toute considération de degrés en créant des lieux jamais clos mais à l'inverse en continuelles ouvertures qui permettent la venue de divers sens sans que pour autant l'œuvre en tant qu'œuvre soit niée. Ses œuvres dans leurs assemblages ne sont pas des déballages de scories mais la recherche de structures fondamentales qui ne sont pas cependant un simple retour à l'ordre crispé sur le passé. Par glissement, collages qui parfois se revendiquent comme tels et contre une seule vision à valeur hypnotique, hallucinatoire la peinture propose ses propres loin de la trop simple stimulation de la perception rétinienne au sein de divers jeux de leurres.

 

La réflexion et le travail de Aline Jansen en laissant apparaître "comment c'est fait" dérange les formes, les couleurs mais aussi les effets de surface afin de parvenir à faire découvrir ce qui peut s'incarner à partir d'une réflexion complexe de la manière la plus simple, la plus dégagée de redondances, d'effets. Bref il s'agit là d'un travail d'extinction de l'apparence afin de permettre l'émergence de structures qui ne possèdent rien de fortuites mais qui constituent les préalables à une séance toujours ouverte bref au devenir de la peinture

 

En conséquence, de tels travaux ouvrent par l' "usure" des 'formes, langues, matières, à une sorte d'immense généalogique de la trace. L'artiste ouvre à une relation d'incertitude, la seule qui peut convenir (et Platon nous l'a appris depuis bien longtemps) à l'être humain prisonnier de sa caverne et qui par son essence même est donc un être de fiction. Une telle approche n'est pas de l'ordre de la mollesse mais de la " pointe" capable de permettre l'apparition de phénomènes qui sans une telle re-présentation demeureraient inaperçus. Se souvenant de la phrase de Winnicot : "Où se trouve l'identité sinon dans les images qu'on ignore" Aline Jansen - par les ouvertures qu'elle propose - laisse apparaître des états intermédiaires qui nous arrachent au cerclage de la divinité de l'image

 

Une telle pratique précise que la nuit est dans le jour, que le jour est dans la nuit par l'approfondissement des effets de plans lisses. En effet d'un élément-surface compact elle découvre et découpe les" strates ". L'artiste montre aussi la consistance et l'inconsistance de cet espace, de ce lieu qu'on nomme l'art, elle plonge dans l'existant au delà des surfaces rassurantes en attirant l'œil sur l'ailleurs mais dans l'espace même du tableau. Celui-ci n'est pas l'autre monde de la fascination de l'imaginaire mais celui de la nudité ou - au moins ­de la complexité. Aline Jansen permet donc de passer de la simplification unitaire à ce qui se cache derrière.

 

Nous pénétrons dans une série de nomenclatures particulière qui permet de saisir ce qui jusque là était perçu comme de l'inconsistant. C'est sans doute pourquoi se confronter à un tel travail n'est pas simple car nous rechignions souvent à nous confronter à ce qui nous dérange. Pourtant cette recherche recèle de beaux mystères. Il faut juste savoir entrer dans ce demi-jour de l'inconnu face à la clarté éclatante qui réduit les formes à leurs apparences et au flou qui les diluent de manière évasive.

 

Étirant le temps et l'espace ce travail nous donne le sentiment d'être au monde autrement en nous projetant vers des zones plus profondes qui s'excluent autant de la simple lucidité d'apparat que de la pure rêverie évanescente. La plus abstraite des pratiques peut ainsi aller bien au delà de ce qu'elle propose trop souvent. Si l'art n'offre pas ici l'exquise finesse qu'il est supposé offrir, il permet de voir ce qui se cache de plus profond. Face aux figures hiératiques dressées dans leur masque de l'héroïsation de l'icône, Aline Jansen propose une autre attention, une autre vision de l'être en' faisant sortir de la pénombre ce qui se situe - entre un rêve de réalité et une réalité rêvée. Dans l'entre deux qu'elle découvre, l'artiste ouvre des "des trous de silence" dont la rythmique des œuvres permet de faire entendre les bruissements sourds et pas encore perçus. Les formes ici ne représentent pas le simple assoupissement des extrêmes mais engage totalement le monstration du passage de la frontière entre l'ombre et la lumière...

Celle-ci émerge avec plus de relief et d'intensité puisqu'elle est épousée - plus que découpée- en profondeur. L'art n'est pas un moyen terme, une tiédeur rhétorique mais un système de vibration qui par ses secousses et par l'exploration à laquelle la créatrice le soumet, nous ouvre à l'épaisseur du monde par une technique de "sous-représentassions", ou de " dérivation ". Mais ce qu'il faut retenir c'est la vibration d'une étrange lumière à travers des formes aussi lointaines que proches qui renvoient à un univers inconnu et connu, à des ressemblances que nous ne soupçonnons pas encore. Surgit alors, un autre espace, une autre théâtralité: celle qui installe un univers non parallèle mais plus profond dans notre être.

 

 

ALINE JANSEN : ORGASME DE LA PEINTURE

 

Tout artiste en effet se devrait de traiter le monde comme un symptôme et construire son œuvre telle une " clinique ". Il ne s'agit pas pour autant, dans cette clinique plus seulement esthétique, de proposer un simple lifting des images mais de les ouvrir. Entendons par là de provoquer des opérations afin de proposer de nouvelles lectures de l'image et du monde. C'est donc un langage autre, autonome qui doit, comme c'est le cas chez Aline Jansen, se développer par usure et reconstruction bref par transformation. Par ses images l'artiste modifie la perception qu'on possède de l'espace pictural. Naissent alors ce que Deleuze nomme des" pensées nomades". Pour en arriver là l'artiste a dû pratiquer un long travail d'ascèse et de réflexion, c'est en effet un pari sans cesse remis en jeu car déblayer au sein même de la peinture et avec elle le terrain convenu et miné n'est pas simple.

 

Les œuvres de l'artiste deviennent donc une suite de works in progress dont les fragments ou plutôt les pièces presque autonomes, déverrouillent la porte des secrets, cette porte qui rappelle Quignard " permet d'accéder, peut-être, à un seul et unique monde, aussi unique qu'il l'a été quand mère et fils étaient indistincts, lors de la gestation, plus encore que confondus ", Certes, le plaisir de l'œuvre d'art comme ouverture reste une belle vue mais une vue de l'esprit. Toutefois la peinture, la vraie, se résume à cela : oser le rêve d'extraterritorialité de ce qu'elle est même en son sein, en son cadre. C'est dans ces tentatives réitérées que le travail d'Aline Jansen fascine.

 

On sent en effet en lui des zones qui ne s'atteignent pas, mais on sent aussi qu'on en a rarement été aussi proche. C'est donc bien là "l'orgasme" de l'art. A travers lui il faut consentir à considérer le secret inaccessible comme le revers du langage plastique. Voilà le pacte que propose une telle artiste. Et en ce sens, et dans sa tentative elle biffe ou rend caduques bien des images admises. C'est pourquoi leur travail possède cette grâce particulière de contenir une sorte d'extase mortelle et la fascination de l'enfance de l'art.

 

                                                                  J-P Gavard-Perret